Couple de Cigognes noires (Ciconia nigra) avec 3 jeunes au nid. Canton de Vaud, 7 et 8 juin 2026. Il s'agit de la première preuve de nidification en Suisse. L. Maumary Asociale et irascible, la Cigogne noire s'oppose à la blanche non seulement par la couleur, mais également par son comportement farouche qui trahit son mode de vie forestier et solitaire. Même pendant la migration, ces deux espèces ne s'associent guère, la première étant moins dépendante des courants thermiques et plus encline à franchir les Alpes et les grands lacs. Elle ne s'observe que rarement au printemps et encore moins posée en escale, mais classiquement en vol migratoire bas depuis les cols et les défilés canalisant les oiseaux en automne, par beau temps. La Cigogne noire niche dans la péninsule Ibérique et de l'Europe centrale à travers tout le Paléarctique jusqu'en Chine et en Corée dans la zone de forêt tempérée, ainsi qu'en Afrique du Sud. Les deux tiers de la population européenne nichent en Pologne, dans les pays Baltes et en Biélorussie, ces pays totalisant 3'400-4'500 couples. L'espèce est migratrice dans toute son aire de distribution sauf en Afrique du Sud, où elle possède une population apparemment sédentaire. Quelques individus hivernent en Espagne, en Bulgarie et en Israël, mais la zone d'hivernage principale est la bande sahélienne et l'Afrique équatoriale. En Suisse, l'espèce est surtout observée en migration au-dessus du Plateau et le long du Jura, faisant parfois escale dans les marais et les champs, plus rarement à l'intérieur des Alpes. Les sites d'escale principaux sont le Fanel BE/NE et le Chablais de Cudrefin VD, Chavornay VD, le Wauwilermoos LU, le Kaltbrunner Riet SG, le delta du Rhin A et l'Eriskircher Ried D, sur les rives du lac Inférieur, mais on l'observe surtout en automne en migration active au Fort l'Ecluse F, au Col de Bretolet VS, à la Wasserscheide/Gurnigel BE, au Gurten BE, au Mont-Sagne/La Chaux-de-Fonds NE, à l'Ulmethöchi BL, au Häusernmoos BE et à la retenue de Klingnau AG ; au printemps, la plupart des observations proviennent de Hucel F et du Mont-Pèlerin VD. Les observations les plus élevées ont été faites au Cervin VS 3'500 m, le 26 septembre 1975, et au Piz Corvatsch GR le 2 septembre 1987. L'observation au milieu du Léman de 2 adultes le 8 septembre 1998 et les suivis depuis Hucel jusqu'au Mont-Pèlerin montrent que l'espèce traverse nos grands lacs sans inhibition, contrairement à la Cigogne blanche. Les premières Cigognes noires de l'automne arrivent dès fin juillet, mais la migration ne débute véritablement qu'en août pour culminer en septembre; quelques attardés sont parfois notés en novembre et décembre. On ne connaît que quelques cas d'hivernage, concernant probablement le même individu, au Greifensee ZH depuis l'hiver 1997/98. Il existe en outre un long séjour hivernal d'un individu isolé, du 9 janvier au 3 avril 1999 au moins, dans la région de Deitingen SO. La migration de printemps débute dans la deuxième décade de mars, quelques observations ayant déjà été effectuées en février. Le passage culmine fin mars et début avril puis s'étend sur le mois de mai en diminuant progressivement jusqu'à début juin. Quelques oiseaux isolés ont été vus fin juin et en juillet. Le premier cas d'estivage complet connu concerne 2 adultes du 12 avril au 19 juillet 2004 dans le canton de Lucerne. Au cours du XIXe siècle, la Cigogne noire a disparu de la plupart des pays d'Europe centrale, creusant le vide entre ses territoires en Europe de l'Est et la péninsule Ibérique. L'espèce était un migrateur rarissime en Suisse pendant la première moitié du XXe siècle, avant de connaître un retour spectaculaire: en 1928, Alfred Richard écrit qu'il n'a jamais vu l'espèce en 40 ans d'observation. L'augmentation du nombre moyen d'observations, qui est passé de 3 dans les années 50 à 52 dans les années 90, reflète bien la progression de l'espèce en Europe, surtout dès 1970. La Cigogne noire a recolonisé ses anciens fiefs en Slovénie, en Autriche, en République Tchèque, dans le sud de l'Allemagne, au Luxembourg, en Belgique et au Danemark. Elle a niché pour la première fois en 2003 en Haute-Souabe (Bade-Wurtemberg D). En France, où elle a niché pour la première fois en 1977 dans le département du Jura, la population s'est développée pour atteindre 21-41 couples en 1995, et augmente légèrement depuis. L'Autriche a aussi connu une forte augmentation des effectifs, d'environ 10 couples en 1970 à 115-160 en 1993-95. En Italie, les premières nidifications ont eu lieu en 1994 dans le Piémont et en Calabre; l'espèce s'étend lentement depuis. La Cigogne noire est également en expansion en Russie et en Ukraine à un rythme de croissance annuel de 3%. La Cigogne noire niche solitairement dans les vieilles forêts de feuillus ou mixtes, étendues, non perturbées, entrecoupées de rivières, de clairières, d'étangs et de lacs. Son régime alimentaire est surtout constitué d'insectes aquatiques, de petits poissons et d'amphibiens. En migration, on l'observe isolément ou en petits groupes de 2-4 individus (94% des données, 1985-2003). En automne, des groupes de 5-15 oiseaux sont de plus en plus souvent signalés. Selon une statistique établie au lac de Constance, 75% des observations concernent des oiseaux isolés, 16% des paires et 8% des groupes de plus de 2 individus. Si les juvéniles séjournent parfois 1 ou 2 semaines en automne, les adultes ne font guère escale en Suisse, et le cas échéant ne s'attardent guère plus d'une journée. L'espèce migre souvent à des hauteurs considérables, ce qui explique peut-être comment un individu muni d'une balise suivie par satellite a traversé la Suisse en septembre 1997 sans être observé! L'espèce est silencieuse pendant la migration. Selon Gessner, la Cigogne noire se reproduisait encore en Suisse au XVIe siècle, mais il n'existe aucune preuve tangible. Actuellement, il n'existe que très peu de vieux massifs forestiers suffisamment grands et non perturbés pour accueillir cette espèce farouche. Une bonne collaboration avec les services forestiers est donc essentielle. Les estivages dès 2004 et la dynamique actuelle de l'espèce en Europe expliquent cette nouvelle installation dans notre pays. Son déclin au cours des XIXe et XXe siècles a été causé par la chasse et l'intensification de l'agriculture et de la sylviculture. L'augmentation actuelle de ses effectifs européens est principalement due à une protection ciblée, mais l'exploitation intensive des forêts, la construction de routes, les dérangements divers et la disparition des lieux de gagnage peuvent contrecarrer cette tendance. Source : L. Maumary, L. Vallotton & P. Knaus (2007) : Les oiseaux de Suisse, Nos Oiseaux et Station ornithologique Suisse. Montmollin et Sempach.
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